Bad buzz* : les bouteilles en plastique

Le 22 mars 2026

Bad buzz* : les bouteilles en plastique

Elle est pratique la petite bouteille qu'on glisse dans son sac et qu'on emporte partout. Mais le plastique, trop polluant, est loin d'être fantastique. Et si on passait à autre chose ?

Marie-Pierre Chavel.

Elle est pratique la petite bouteille qu'on glisse dans son sac et qu'on emporte partout. Mais le plastique, trop polluant, est loin d'être fantastique. Et si on passait à autre chose ?

 

Marie-Pierre Chavel.

© Getty Images.

Formidables, révolutionnaires ! Voilà ce qu’étaient les bouteilles en plastique quand elles ont débarqué dans les années 1960. On les trouvait si pratiques, tellement plus légères que leurs cousines en verre, et leur eau, plus saine que celle du robinet, qui devenait suspecte alors que tous les logements n’en étaient pas encore équipés. Rien ne semblait pouvoir ternir leur image, pas même les premières alertes scientifiques, comme l’étude Plastics on the Sargasso Sea Surface (Carpenter & Smith, 1972), qui pointait les risques écologiques liés au plastique en mer. Aujourd’hui, l’euphorie est retombée comme un soufflé : la trouvaille de l’époque a finalement beaucoup trop d’inconvénients – écologiques, économiques, sanitaires. Alors, place à la contre-révolution. Le plastique, star du xxe siècle, est devenu l‘ennemi public numéro un.

Une consommation de dingue

Le plastique est partout dans notre quotidien, de la cave au grenier en passant par les armoires et le bureau. Quant à notre gigantesque consommation de bouteilles, estimée à plusieurs dizaines de millions par jour (oui, par jour !), elle ne semble pas prête à diminuer. Au contraire : entre 2021 et 2023, elle a augmenté de 9 %, selon Marine Bonavita, chargée de plaidoyer chez l’ONG Zero Waste France. « Une catastrophe », dit-elle, alors que, depuis 2020, la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) prévoit de diviser par deux le nombre de bouteilles en plastique d’ici à 2030 et de mettre fin aux emballages à usage unique en 2040. C’est mal parti. Du plastique, il y en a aussi dans notre eau. Presque indestructible, lorsqu’il est laissé dans la nature, il se décompose en micro et nanoparticules qui s’infiltrent dans les sols, les nappes phréatiques et les sources. On les retrouve alors dans l’eau du robinet et plus encore dans les bouteilles, jusqu’à 240 000 particules par litre en moyenne, d’après l’étude américaine Rapid Single-Particle Chemical Imaging of Nanoplastics by SRS Microscopy (2024). Les bouteilles elles-mêmes se dégradent en vieillissant et relarguent des molécules dans les boissons. « On en voit régulièrement qui sont impropres à la consommation après être restées trop longtemps au soleil sur les parkings des supermarchés », témoigne Marine Bonavita. Un gâchis d’autant plus grave que les réserves d’eau s’épuisent, notamment en raison du réchauffement climatique.  

La bouteille n'est plus dans le game

Une enquête (Le Monde – Radio-France, janvier 2024) rapporte qu’au moins 30 % des marques d’eau françaises ont recours à des traitements non conformes pour cacher la présence de contaminations microbiologiques (des bactéries issues de matières fécales, autrement dit du caca !) et chimiques (résidus de pesticides entre autres). On peut se demander ce qu’il y a dans les eaux qui ne sont pas traitées ! Pourtant, une bonne nouvelle surnage : parmi les sept types de plastiques existants, le PET (polyéthylène téréphtalate), qui compose la plupart des bouteilles, se recycle bien. Mais, mauvaise nouvelle, pas plus de deux ou trois fois. Ce qui oblige les industriels à toujours devoir remettre de la matière vierge dans la matière récupérée pour produire de nouveaux contenants suffisamment qualitatifs, explique Marine Bonavita. Et la matière vierge, elle vient d’où ? Du pétrole, dont les réserves déclinent aussi… Sans pétrole, plus de plastique, plus de bouteilles ! Alors, quelles solutions ?

Vive les gourdes !

Au bureau ou en déplacement, la gourde est notre alliée ! En inox, matériau qui ne migre pas dans la boisson, elle est quasiment inusable. La « simple paroi » est super légère. La « double paroi », isotherme, conserve au chaud ou au froid pendant au moins 12 heures. Pour la fraîcheur, on ne met pas sa gourde au congélateur ! Un peu de glace dans la boisson fera l’affaire pourvu qu’elle ne provienne pas de cette folle invention : le « sachet à glaçons » jetable, ni écologique ni économique avec son plastique à usage unique. Le bon vieux bac qu’on met dans son freezer assure le même service de façon plus durable et moins chère. Comme un verre, une gourde se nettoie après chaque utilisation. À la main, surtout si elle est isotherme, avec de l’eau savonneuse et une brosse pour le bouchon. Contre les mauvaises odeurs, le calcaire, les traces de thé, de jus…, on utilise d’abord du vinaigre blanc et un peu de gros sel ou de riz. On secoue vigoureusement pour décoller les saletés. Ensuite, lavage à l’eau savonneuse, rinçage, égouttage et c’est reparti pour un tour. Afin d’inciter à son usage, la loi Agec impose à tous les établissements accueillant plus de 300 personnes – gares, stades, musées, centres commerciaux, etc. – d’installer au moins une fontaine à eau potable accessible gratuitement. Pas mal pour remplir… sa gourde. Toutes les fontaines disponibles sont répertoriées sur la carte de watermap.fr. On va peut-être finir par réduire le plastique. Pour protéger l’eau, il faudrait aussi diminuer les pesticides. De plus en plus de communes incitent les producteurs à le faire, voire à passer en bio, a minima sur les zones de captage. Si cette démarche était généralisée, ça, ce serait vraiment formidable et révolutionnaire !

CHIFFRES CLÉS

15 milliards de bouteilles en plastique sont mises sur le marché français chaque année. (Zero Waste France)

60% environ sont recyclées. (Citéo)

La bouteille d'eau de

1,5L a perdu 40% de son poids en 25 ans. (Citéo)

100 000 tonnes de plastique terminent, tous les ans, leur vie dans la nature. (Ministère de la Transition écologique)

"La réduction des emballages plastiques à usage unique, comme les bouteilles, est dans la loi. Il serait temps de la respecter."

Marine Bonavita, chargée de plaidoyer, Zero Waste France.

© Getty Images.

Et l'eau jaillit !

C'est pas si compliqué !

  • Si, au robinet, l’eau a un « goût », tirez-la plusieurs heures avant de la consommer et conservez-la au frais 24 heures au maximum.
  • De nombreux systèmes de filtration existent, du plus simple au plus sophistiqué. La carafe avec filtre à charbon actif est le plus courant. Choisissez un modèle avec cartouche rechargeable et changez le charbon actif régulièrement pour éliminer les déchets.
  • Pour les autres boissons que l’eau (soda, bières…), les contenants en verre réemployables sont une alternative idéale aux bouteilles plastique et canettes. Collectés et lavés, ils reprennent du service sans avoir été refondus à très haute température. Biocoop commercialise plus de 160 produits en contenants réemployables, dont du lait. La majorité des magasins Biocoop (700) sont points de collecte.  

Et chez Biocoop ?

Eau plate

Adieu le plastique !

Depuis 2017, Biocoop ne commercialise plus d’eau plate en bouteille plastique. C’est une mesure inscrite dans son cahier des charges. Elles étaient pourtant parmi les meilleures ventes des magasins qui, du coup, participaient à l’énorme pollution générée par le plastique. Ce choix permet d’éviter 106 tonnes d’emballages par an, dont 103,6 de plastique. Ce qui reste peu, au regard des 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques produits en France chaque année.

Article extrait du n°139 de CULTURE BIO, le mag de Biocoop, distribué gratuitement dans les magasins du réseau, dans la limite des stocks disponibles.

*Bouche à oreille négatif.